Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

05/12/2009

De l'identité à l'unité

Vendredi 04 décembre 2009, à la permanence de la fédération gardoise du Nouveau Centre, à Nîmes, une cinquantaine de militants ou sympathisants se sont retrouvés, dans une ambiance comme à l’accoutumée chaleureuse, pour participer à un premier échange sur « l’identité nationale », échange conduit par Julien DEVEZE, délégué de la fédération du Gard, chef de file du Nouveau Centre pour les électionsrégionales de mars 2010, et JackyRAYMOND, vice-président délégué au projet.

La rencontre a commencé par une interrogation liminaire sur l’opportunité d’un tel débat. A l’exception de quelques participants, inquiets du risque de manipulation induit par une telle réflexion ou par celui de dérives en rapport avec l’identitaire ou le communautarisme, la réponse a été positive. En effet, celles et ceux qui se sont exprimés à ce sujet ont estimé, d’une part qu’il convenait de lever bien des malentendus, notamment à propos des étrangers ayant accédé à la nationalité française, d’autre part de se réapproprier les éléments constitutifs du sentiment d’appartenance à la nation française, en particulier au travers de la question « qu’est-ce qu’être français » ?

La suite de l’échange a montré que même ceux qui avaient manifesté leur réticence, voire leur opposition, à un tel débat n’ont pas manqué d’apporter des contributions aussi intéressantes que passionnées.

L’un des participants a immédiatement proposé que le questionnement porte davantage sur les conditions de l’unité nationale que sur l’identité nationale. Cette piste de réflexion, réintroduite ultérieurement dans le débat par les animateurs, n’a pas été approfondie.

Malgré le souci des deux animateurs de provoquer un débat positif sur la manière dont chacune ou chacun pouvait vivre ce sentiment d’être français, l’analyse a rapidement porté sur les quartiers et sur les jeunes de la communauté maghrébine. Plusieurs participants ont témoigné, avec émotion, de leur difficulté à vivre aujourd’hui dans leur quartier, faisant état d’incivilités quotidiennes, voire d’actes de délinquance ou de violence – vols, trafics de drogue, incendies de voitures, menaces verbales et physiques, etc. D’autres ont mis en cause certaines dérives confessionnelles et l’acceptation coupable de trop nombreux politiques – restauration scolaire et viande halal ; horaires spécifiques pour femmes musulmanes à la piscine ; accouchement et refus de médecins masculins ; etc.

Pour éviter des dérapages, il a parfois fallu que les animateurs rappellent notre propre histoire, notamment les vagues d’immigration successives depuis plus d’un siècle, rappellent aussi notre tradition humaniste et les valeurs universalistes de la République française, rappellent enfin notre engagement de centristes et nos positions altruistes, fondées sur l’ouverture à l’Autre et le sens du dialogue, sur le respect de l’Autre et de sa culture, sur l’enrichissement que génèrent des différences réciproquement comprises et acceptées.

Après un essai de clarification de la notion d’identité, comme caractère fondamental d’une personne ou d’un groupe, comme élément d’interaction de l’un à l’autre – du singulier à l’altérité –, le débat a fait apparaître que les participants se vivent comme porteurs d’identités simultanées, du local au national – la question de notre identité européenne n’a pas été abordée. Plusieurs intervenants se sont dits à la fois gardois, voire nîmois, languedociens, méditerranéens… et français. D’autres ont souligné que la construction de leur identité relève aussi de leur tradition familiale, de leur parcours scolaire, de leur appartenance confessionnelle, de leur pratique associative.

Une composante de notre identité française – expression jugée préférable à celle d’identité nationale, celle-ci considérée comme connotée négativement – a fait l’objet d’un réel consensus : la laïcité. Une rapide comparaison entre la situation de la France en la matière et celle d’autres pays d’Europe, et celle de la Turquie, a permis de conclure que la conception française de la laïcité est spécifique et constitue un trait particulier de notre communauté nationale.

L’échange a également mis en évidence, même si la réflexion est demeurée plus lacunaire, d’autres caractéristiques de l’identité française : l’appropriation de la devise de la République et des valeurs qui la sous-tendent ; les principes et l’organisation de la justice, notamment le principe du contradictoire, tellement bafoué dans beaucoup d’autres pays ; les dimensions spécifiques de notre culture, au travers de nos traditions, de notre gastronomie, de notre création artistique.

Ces différents points auraient mérité de plus larges développements. Mais, faute de temps – le débat a duré environ une heure… avant le moment attendu et essentiel de convivialité, ils n’ont été qu’esquissés.

Il convient enfin de souligner que le débat a été traversé par une sorte de « fil rouge » : la place de l’éducation dans la construction de notre identité française, au double plan individuel et collectif. Les participants ont été unanimes à considérer que la famille et l’Ecole ont une responsabilité majeure dans l’appropriation progressive de ce sentiment d’appartenance à une nation, en l’occurrence la nation française. L’accent a tout particulièrement été mis sur l’importance de l’éducation civique et de l’éducation à la citoyenneté ; d’aucuns ont même souligné la nécessité d’une restauration des leçons de morale, adaptées à notre temps et à notre société. Un participant averti a dénoncé ce paradoxe étonnant que constitue la « suppression » de l’enseignement de l’histoire et de la géographie en terminale scientifique (il s’agit d’en faire un enseignement optionnel) au moment où le Président de la République engage nos concitoyens dans ce grand débat sur l’identité nationale.

Bien que limité dans sa durée, ce premier échange atteste l’intérêt manifeste, souvent passionné, des militants du Nouveau Centre pour un tel débat, dont la dimension ontologique et les enjeux ne leur ont pas échappé, consciemment ou non, et la nécessité de le poser aujourd’hui, dans notre société en crise.

Les commentaires sont fermés.