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03/05/2010

Réforme des retraites et sens des responsabilités

Le « ballon d’essai » qui vient d’être lancé sur le recul à 63 ans de l’âge légal de la retraite suscite déjà de multiples réactions, dont beaucoup irresponsables. Faudra t-il un déficit public à la mode grecque, avec son cortège de mesures drastiques et impopulaires, pour que les Français prennent conscience de l’importance de l’enjeu ???

Sauf à sombrer dans la démagogie et l’irresponsabilité, comment continuer à refuser de réformer en profondeur un système de retraite qui a vu le jour à une époque où l’entrée sur le marché du travail se faisait entre quinze et vingt ans pour l’immense majorité des salariés, où les emplois caractérisés par une forte pénibilité représentaient une part importante du marché du travail, où la durée moyenne de vie était bien inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui et où nombre de nos aïeux disparaissaient dans les quelques années qui suivaient leur départ à la retraite.

Aujourd’hui – et on ne peut que s’en réjouir –, les transformations économiques et sociales ont sensiblement modifié le contexte. Nos enfants sont nombreux à poursuivre leurs études plus longtemps (l’âge moyen de la scolarisation a été porté de 11,5 à 18,5 ans au cours du XX° siècle), et à s’engager plus tard sur le marché du travail. La durée moyenne du temps de travail s’est beaucoup réduite (d’environ 2 000 heures annuelles à la fin des années 50 à moins de 1 500 heures aujourd’hui). Les emplois, qui relèvent largement du secteur tertiaire, ne présentent plus la même pénibilité, même si l’évolution des conditions de production et de commercialisation des produits et des services est génératrice de formes de stress quasi inconnues précédemment. La durée moyenne de la vie s’est beaucoup allongée, pour les hommes comme pour les femmes (à 60 ans, l’espérance de vie est passée de 15,8 ans en 1968 à 22 années en 2010 pour les hommes, de 20,4 à 26,9 pour les femmes), qui vivent par ailleurs globalement en meilleure santé. Le rapport entre le nombre des actifs et celui des retraités ne cesse de se réduire et ce phénomène va se poursuivre (de 4 en 1960 à 1,8 en 2010 et 1,3 en 2050 selon l’INSEE). Comment ne pas prendre en compte ces nouvelles données dans la réflexion en cours sur les retraites !

Les Français sont prêts à entendre ce propos, à plusieurs conditions cependant – en particulier, la mise à plat de l’ensemble des dispositifs de retraite et la constitution d’un système aussi égalitaire que cohérent ; la prise en compte de nouveaux critères de calcul, notamment en matière de pénibilité, physique et psychique ; le retour à l’emploi des seniors, vivier de talents inexploités et de cotisants aux caisses de retraites ; la suppression de toutes les niches, y compris celle de nos Parlementaires, dont le régime des retraites constitue un privilège d’un autre temps, inacceptable s’agissant des représentants du Peuple auxquels s’impose le devoir d’exemplarité.

Ce propos, qui échappe à toute considération technique sur le sujet, se veut modestement un appel, d’une part à nos concitoyens, afin qu’ils ne se laissent pas prendre au piège des égoïsmes et des corporatismes de tous ordres et mesurent bien les enjeux fondamentaux d’une nécessaire réforme des retraites, d’autre part à nos politiques, toutes sensibilités confondues, et à nos gouvernants, afin que tous prennent leurs responsabilités et que ceux qui nous gouvernent mènent à son terme cette réforme impérative et prennent, au terme d’une large démarche de concertation, les décisions courageuses qui s’imposent.

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