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29/11/2009

Adieu Marc...

Tu connais l’usage de ce mot dans ce Midi qui est celui de tes racines. C’est une jolie façon de se dire au revoir, de se dire qu’on se retrouvera…

Tu n’auras pas manqué de voir cette foule impressionnante, silencieuse et émue, qui t’accompagnait en ce samedi 28 novembre, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’église Saint Félix, une dénomination que tu ne saurais récuser, même en ce jour grave où tu nous a momentanément quittés.

Permets-moi de saluer en toi l’élu de conviction, l’homme de tradition, l’humaniste à l’infinie générosité.

Au-delà des inévitables joutes politiques, tu sais combien tes concitoyens de Bouillargues se sont reconnus en toi, t’ont estimé et manifesté leur profond respect, parce que tu as toujours été auprès d’eux, que tu les as toujours écoutés, que tu t’es toujours employé, avec l’équipe municipale, à répondre au mieux à leurs besoins et à leurs attentes. Tu as été un fédérateur de l’action collective et tu as tracé des perspectives que nos collègues élus de Bouillargues auront à cœur de mettre en œuvre. Tu as également joué, à Nîmes Métropole, un rôle de première importance à ce poste majeur de vice-président délégué aux finances.

Homme de tradition, tu l’as été par ton enracinement dans cette terre de Camargue, pétrie de coutumes et de légendes ancestrales, d’un folklore singulier et remarquable, cette terre dont l’attachement à son histoire n’a d’égale que son exceptionnelle vitalité. Tu as porté avec une vigueur et une finesse mêlées cette culture qui t’a forgé, qui a fait de toi un être aussi ancré dans son terroir et son village que continuellement ouvert à l’Autre et à son originalité. Tu as parfaitement compris que la force d’un être résidait dans ce double mouvement d’identité et d’ouverture.

Et comment ne pas souligner tes profondes qualités humaines, marquées du sceau de l’empathie et de la générosité. Celles et ceux qui te sont proches et te connaissent bien comme celles et ceux qui ont établi, de façon plus fugitive, des contacts avec toi, soulignent ta totale disponibilité, ta grande capacité d’écoute, ta simplicité et ta gentillesse, ta profonde intégrité. Je n’oublie pas notre échange, à la mairie, lors de ma campagne des Sénatoriales de 2008. Tu as été un homme juste et respectueux des autres. Tes attitudes comme tes actes se sont sans cesse fondés sur des valeurs chrétiennes et humanistes fondamentales, ont toujours témoigné de ton sens profond de l’Homme.

Adieu Marc… tu es là, au plus intime de nous-mêmes.

14/11/2009

Le difficile, mais nécessaire, débat sur l'identité nationale

Initié par le Gouvernement, le débat sur l’identité nationale fait rage, entre la droite et la gauche comme au-delà de ces appartenances politiques, en premier lieu sur le principe même de ce thème de « grand débat », en second lieu sur la notion proprement dite, en particulier sur les connotations de l’épithète, dont la place et le sens dans l’expression ne produisent pas les mêmes effets que dans la dénomination officielle et consacrée de « carte nationale d’identité ».

Le terme « identité » caractérise à la fois la singularité d’une personne, son individualité originale, repérable grâce à divers éléments, dont certains mentionnés sur sa carte d’identité, et le rapport de cette personne à ses semblables, au sein de son groupe ou de sa communauté d’appartenance, que ce soit par exemple un groupe professionnel ou la nation française. Se pose dès lors la question, fondamentale, du double rapport de similitude et d’altérité, de la tension entre ces deux composantes constitutives de tout groupe humain, y compris à l’échelle de la nation. La question de l’identité ne saurait échapper à une réflexion sur ce lien majeur et indéfectible, qui tisse la toile de la « nation ».

Ce terme d’identité, considéré dans son seul champ lexical, peut avoir des relents malsains quand on le rapproche du néologisme « identitaire », dont l’usage ne manque pas de soulever la polémique – qui n’a pas à l’esprit les controverses sur les politiques identitaires ! – ou quand on l’accole à un terme comme celui d’immigration – Ministère de l’immigration et de l’identité nationale.

Quand le substantif considéré se double du qualificatif « national », le débat s’installe, dans toute sa complexité au plan notionnel, dans toute sa fièvre au plan idéologique.

Contrairement à ce qui a pu être écrit récemment sous la plume d’une historienne, l’occurrence de l’adjectif « national » n’est pas récente. Ce mot apparaît au XVI° siècle. Ainsi Montaigne en fait-il usage dans ses Essais : « Non parce que Socrate l’a dit, mais parce qu’en vérité c’est mon humeur, et à l’aventure non sans quelque excès, j’estime tous les hommes mes compatriotes, et embrasse un Polonais comme un Français, post posant cette liaison nationale à l’universelle et commune » (Essais, III, IX). Montaigne n’aurait pas craint le « plombier polonais »… et il lançait à sa façon le débat qui agite aujourd’hui, en ces temps préélectoraux, la classe politique et les médias.

L’adjectif « national » double et renforce sémantiquement le substantif « identité » dans la mesure où il souligne l’appartenance à une nation – la similitude - et renvoie, par opposition, à l’étranger – l’altérité. C’est ce qu’exprime fort bien, dans le contexte de la société de son époque, Madame de Staël, quand elle souligne « cette sainte antipathie pour les mœurs, les coutumes et les langues étrangères, qui fortifie dans tous les pays le lien national. » (De l’Allemagne) – un mur au figuré, mais tout aussi infranchissable !

Le pas est vite franchi… Qui ne voit que l’exaltation du sentiment national conduit au nationalisme et à son cortège de dérives en tous genres, d’un patriotisme chauvin ou de la revendication d’une nationalité dans des groupes qui réclament l’autonomie, voire l’indépendance, pour leur pays – nous connaissons ce phénomène à nos portes, au sein même de l’Europe – à l’expression haineuse du racisme et de la xénophobie.

Le beau mot de « nation », qui évoque étymologiquement la naissance, garde de ses origines bibliques l’empreinte du sacré.

Dans son usage moderne, qui remonte au « Siècle des Lumières » et à la Révolution de 1789, il prend une triple dimension, qui fonde aujourd’hui l’identité nationale comme prise de conscience de l’unité d’un groupe humain et volonté de vivre ensemble. Dimension sociale, celle d’une population vivant sur un même territoire et partageant certains modes de vie et traditions, ce qui n’exclut pas le multiculturalisme. Dimension juridique, celle d’un ensemble de citoyens égaux devant la loi, régis par la même législation, représentés par la même autorité souveraine. Dimension historique, celle d’une collectivité humaine unie par un passé partagé et assumé, un avenir commun à construire ensemble, un héritage culturel à transmettre.

A mes yeux, l’identité nationale se nourrit de ces dimensions positives du « vivre ensemble ». Mais il convient de rester lucide et de ne pas perdre de vue les risques inhérents à l’exacerbation de certains sentiments inacceptables parce que marqués du sceau de l’exclusion et de la haine, avec les violences qui en découlent.

La notion d’identité nationale, loin d’être figée, est ouverte et en permanente évolution. Elle est une construction humaine qui ne cesse de se réajuster, sous l’influence de phénomènes multiples, dont les flux migratoires successifs depuis de longues décennies, les évolutions politiques et le redécoupage de multiples territoires à l’échelle européenne, mais aussi mondiale, les mutations sociales, économiques et culturelles, le rôle intégrateur de l’Ecole, la mobilité croissante des hommes et des femmes de notre temps, en particulier de nos concitoyens – comment, par exemple, nos compatriotes qui vivent et travaillent à l’étranger se vivent-ils comme Français ?

Alors, au lieu de parler d’identité nationale, ne pourrait-on parler d’identité française ?

Et, dans le prolongement de cette réflexion sur ce qui nous constitue comme Français, il importe aujourd’hui de construire notre identité européenne. Les débats sur le projet de traité européen, texte rejeté en 2005, en particulier par une majorité de Français, ont mis en évidence l’extrême difficulté à partager des valeurs, à accepter les mêmes emblèmes et les mêmes symboles, comme l’hymne ou la devise.

Contrairement à ce que clament ses détracteurs, le débat sur l’identité est utile, et même nécessaire, parce que les constituants de cette notion fondamentale ne s’imposent pas à l’évidence, parce qu’il vaut mieux expliciter et argumenter des différences, ce qui est source de compréhension, de rapprochement et de richesse, que de laisser s’enraciner des ambiguïtés, des non-dits, ce qui ne manque pas de générer incompréhension, intolérance, repli communautariste, exclusion, haine de l’Autre.

Et nul ne saurait dorénavant faire l’économie d’une réflexion sur notre double enracinement national et européen, l’un s’enrichissant de l’autre.

Je me sens profondément européen parce que je me suis pleinement approprié, de manière consciente et responsable, mon identité française.

13/11/2009

Un naïf en politique...

Si le langage courant a fait du « naïf » l’être crédule et quelque peu ridicule que l’on sait, dont la candeur le dispute à la niaiserie, l’acception première est bien différente et pose le « naïf » comme celui qui agit avec empirisme et sincérité et s’emploie à présenter sans artifice la réalité, avec le souci de l’objectiver au mieux. En bref, il y a de l’authentique et du raisonnable chez le naïf !

Quant à la politique, elle consiste, au sens étymologique du terme, en l’art de gouverner les hommes. C’est à partir de là que les choses se compliquent.

Les gouverner en les associant aux affaires publiques selon diverses pratiques ? La sphère du politique interfère alors avec celle de la morale ; et, considérant la société de son temps, Voltaire écrivait, dans son Essai sur les mœurs, que « [le] véritable but de la politique […] consiste à enchaîner au bien commun tous les ordres de l’Etat. »

Ou les gouverner en confisquant le pouvoir et en les mystifiant ? Alors, selon le mot de Beaumarchais, dont on connaît la finesse et la lucidité du regard, la politique, « c’est l’art de créer des faits, de dominer, en se jouant, les événements et les hommes ; l’intérêt est son but, l’intrigue son moyen : toujours sobre de vérités, ses riches et vastes conceptions sont un prisme qui éblouit. »

Dans cette seconde perspective, la politique rejoint la chose politicienne, celle qui justifie l’usage de tous les moyens pour accéder au pouvoir et le conserver, comme elle s’en éloigne dans la mesure où tel choisit de se comporter en politicien parce qu’il n’a pas de politique.

De la duplicité des mots… pour traduire celle des comportements !

Alors, pourquoi suis-je « un naïf en politique » ?

Parce que je déteste la rouerie et que je respecte mes semblables, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs faiblesses et leurs forces.

Parce que je déteste toutes les formes d’autocratie et porte les idéaux de l’humanisme, les valeurs de la démocratie.

Parce que je déteste les jeux partisans et mesquins, passionnels et irraisonnés, ceux qui avilissent l’Homme, et que je prône, au bénéfice de nos concitoyens, le sens de l’action publique, le courage des décisions, la liberté d’esprit, le souci de sa dignité d’humain.

Parce que je déteste les faux semblants et les faux-fuyants, qui altèrent le réel, et que je privilégie les explications directes, sereines, courtoises – ce qui n’exclut évidemment pas la force des convictions et de l’engagement – et le traitement résolu des situations, aussi complexes, délicates, sensibles, qu’elles soient.

Etre « un naïf en politique », n’est-ce pas, dans la conjoncture actuelle, nationale comme locale, oser regarder la réalité en face et la prendre en considération dans l’intérêt de tous nos concitoyens – et pas seulement de celles et ceux qui nous ont fait confiance au travers de l’élection –, dans le respect absolu de l’Autre, ce qui implique une absolue maîtrise de soi, condition essentielle de l’action publique.

Puisse la politique réunir le plus grand nombre de naïfs…

17:46 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)