Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

15/03/2011

Prévention et traitement de la sécurité

Lundi 14 mars 2011, Restaurant « Le Cheval Blanc » NIMES

La réunion est conduite par Jacques SIRBEN, avocat, directeur de campagne, qui présente le « grand témoin » de la soirée, le Président Régis CAYROL, Commissaire de police pendant quinze ans, juge d’instruction à Alès puis Nîmes pendant dix-huit ans, qui a été Doyen des juges d’instruction, aujourd’hui Président de la Cour d’assises de Montpellier, homme de grande notoriété, réputé à la fois pour son humanisme et sa sévérité, pour sa finesse de jugement et son franc-parler.

Jacky RAYMOND ouvre la soirée par un rappel des réunions thématiques déjà tenues, dont les comptes rendus synthétiques figurent sur son blog – http://jackyraymond.blogs.midilibre.com/. Et il rappelle à grands traits les enjeux du débat sur la sécurité et les principales problématiques qui émergent des discussions avec les Nîmois(es) qu’il a rencontré(e)s. Ces dernier(e)s sont nombreux à éprouver, dans tous les secteurs du territoire, un très fort sentiment d’insécurité.

Jacques SIRBEN introduit la réunion par une présentation statistique des faits de délinquance et de violence, en France, dans le Gard et à Nîmes, en prenant appui sur un diaporama – qui peut être consulté sur le blog de Jacky RAYMOND.
En matière d’atteinte aux biens, le Gard compte parmi les départements qui ont les taux les plus élevés pour diverses catégories de faits, notamment de vols et de cambriolages, faits qui sont le plus souvent en augmentation, à l’exception des braquages et vols à main armée, des destructions de biens. Et la part des vols commis par des mineurs ne cesse d’augmenter. Même si de très nombreux délits sont considérés comme mineurs, les délits graves restant fort heureusement réduits en volume, cette situation génère un sentiment fort et croissant d’insécurité.
S’agissant des atteintes aux personnes, le Gard reste également très affecté par les délits commis. Si les violences sexuelles tendent à diminuer, les violences physiques dites « crapuleuses » sont en augmentation.

L’échange s’engage sur le constat d’un participant : beaucoup de gens victimes de délits ne portent pas plainte.
Le Président CAYROL réagit à cette présentation et à l’observation en attirant l’attention sur la véracité et l’interprétation des chiffres, qui doivent à la fois être pris en considération, en particulier par les tendances d’évolution qu’ils traduisent, et être relativisés. En effet, en raison du choix de certaines victimes de ne pas porter plainte, notamment parce que l’attente dans les commissariats est souvent longue, et des policiers ou gendarmes de transformer en « mains courantes » des demandes de dépôt de plainte, voire de ne rien enregistrer (plaintes réservées aux faits graves), les données ne reflètent qu’une partie du réel. Il indique également que la réduction des effectifs de la police nationale entraîne ipso facto une diminution du nombre des plaintes déposées.
Jacques SIRBEN ajoute que le « chiffre noir », celui des gens qui ne veulent pas porter plainte est en effet en accroissement constant.
Le Président CAYROL souligne par ailleurs, usant d’une métaphore météorologique – une température canadienne de -20° ressentie -31° –, que le « ressenti » des gens est plus fort que la réalité.

Il fait état de ce qu’il considère être l’état de décrépitude de notre société et attend des responsables politiques, en particulier à l’échelle nationale, qu’ils écoutent davantage les enseignants, qui ont une connaissance approfondie des mouvements de la société et ont une approche anticipée des phénomènes de fond de l’ordre d’une dizaine d’années.
Il termine sa première intervention par trois propositions, qui doivent s’inscrire dans une approche globale :
- Remettre des policiers dans les commissariats et dans les rues.
- Réinventer la cellule familiale, trop de familles, éclatées ou non, étant impuissante à assurer l’éducation de leur(s) enfant(s).
- Développer la solidarité entre les gens, dans une société où trop de personnes, ne voulant pas d’ennuis, restent claquemurées chez elles.

Un participant s’interroge sur le lien possible entre les taux de vols et d’agressions et certaines caractéristiques sociologiques comme la proportion plus élevée de personnes âgées ou la faiblesse du niveau de vie. Rien, dans les données actuelles, ne semble pouvoir corroborer une telle affirmation.

Un autre évoque la décision de certaines communes, en déclin démographique, notamment dans le sud, de mener une politique d’installation sur leur territoire de populations défavorisées, confrontées à d’importantes difficultés économiques et sociales.

Un autre encore témoigne de l’inquiétude de nombreux commerçants, qui regrettent l’absence d’une police de proximité, ce qui serait de nature à rassurer les clients, à favoriser le dialogue avec eux, donc à mieux connaître les problèmes et leurs causes.
Interpellé à ce sujet, le Président CAYROL se déclare favorable à une police de proximité. Il prône le retour à des résultats comparables à ceux enregistrés avant les réductions drastiques d’effectifs.
Et, interrogé sur les « dérapages » de la Justice, il tient à affirmer haut et fort que les juges sont des gens sérieux, qui travaillent avec détermination et humilité à la recherche de solutions.

La mère d’une collégienne témoigne de la situation tout aussi difficile qu’inacceptable endurée par sa fille de 15 ans, agressée quatre fois en quelques semaines par une autre adolescente du collège prise en charge dans un foyer. Ces agressions résultent du refus de la victime de la « loi du groupe » que voulait lui imposer l’auteur des faits, véritable chef de bande. La mère a sollicité le chef d’établissement, qui s’est refusé à intervenir, au motif que les faits considérés s’étaient déroulés en dehors du collège.
Jacky RAYMOND rappelle d’abord l’existence, pour chaque établissement du second degré, d’un « policier ou d’un gendarme référent ». Il est indispensable que les parents d’élèves, en particulier leurs représentants – ce qui a été le cas de cette mère d’élève – en soient informés.
Il considère ensuite que des actes de violence commis par des élèves sur le trajet entre le domicile et l’établissement devraient être traités au même titre que des actes commis dans l’enceinte des collèges et lycées. Le Président CAYROL acquiesce et établit une comparaison avec les accidents qui surviennent entre le domicile et le lieu de travail et sont considérés comme des accidents du travail. Jacky RAYMOND suggère que la loi et les textes réglementaires en vigueur évoluent en ce sens. Il soumettra une proposition en ce sens aux parlementaires gardois.
Il souligne enfin qu’il convient de faire un usage approprié, sans en abuser, du conseil de discipline, lequel doit fonctionner selon les principes fondamentaux du droit. Les premières sanctions applicables à des élèves relèvent de l’établissement.

Jacques SIRBEN et le Président CAYROL évoquent le manque de moyens de la Police et de la Justice, ce qui produit un double effet : des dossiers sont classés sans suite et des mesures ne sont pas prononcées ; des mesures prescrites ne sont pas mises en œuvre. Ils insistent ensuite sur la question des conflits de compétences entre Juge des tutelles (Justice) et Aide sociale à l’enfance (Conseil général) qui stérilisent l’action de ces instances.

L’un des participants regrettant qu’aucune leçon ne soit tirée des expériences acquises, le Président CAYROL ironise en disant que « l’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le passé ».

Est alors posée la question de « l’entrée » dans la délinquance : quand et comment devient-on délinquant ?
Jacques SIRBEN rappelle les mesures susceptibles d’être prises selon les tranches d’âge, en application des lois en vigueur. Et il donne des précisions sur les taux d’incarcération des mineurs délinquants selon les pays – 14 % d’incarcération de ces mineurs aux Pays-Bas en 2010, 6 % au Portugal, 1% en France – ce qui donne l’impression d’une Justice laxiste..
Le Président CAYROL précise que des lois sont votées et promulguées sans que les textes d’application soient toujours pris. Et il ajoute que, trop souvent, les institutions et familles d’accueil manquent à leurs obligations, au regard des mesures prises, vis-à-vis des mineurs délinquants. Il invite les participants à réfléchir sur la visée d’une « société apaisée » car, selon lui, « une société apaisée n’a pas besoin de répression. »

Une participante condamne les suppressions de postes dans l’Education nationale, en particulier ceux de surveillants. Une ancienne représentante de parents d’élèves souligne que, si l’effectif de conseillers d’éducation et de surveillants est une donnée importante, elle n’est pas suffisante et qu’il est impératif de recruter des professionnels de la vie scolaire (et non des contrats aidés).

Yvan LACHAUD, député du Gard, qui s’est vu confier une mission sur le traitement de la délinquance des mineurs, intervient alors pour affirmer le rôle majeur des familles, dont certaines défaillantes, dans une société qui fabrique des « cabossés de la vie ». Il indique que la délinquance est inégalement répartie sur le territoire français et que la situation est catastrophique à Nîmes. Les personnes âgées comme les jeunes expriment leur exaspération parce qu’il leur est de plus en plus difficile de circuler en ville en toute liberté et sécurité, la nuit mais aussi le jour.
Il dénonce le manque de courage de trop d’élus, qui n’ont pas pris les mesures nécessaires. Il dénonce également certains propos de stigmatisation de la communauté maghrébine, soulignant que nombre de Maghrébins sont eux-mêmes révoltés par l’absence de mesures sévères à l’encontre de ceux qui ne respectent pas les lois de la République française.
Ce qui est insupportable pour les gens, c’est de retrouver le lendemain ou le surlendemain celles et ceux qui les ont agressés. Le défaut de contrôle judiciaire est dramatique. Il est fondamental que les mineurs délinquants comprennent l’exemplarité de la sanction, condition indispensable à un changement radical d’attitude, à une remise de ces jeunes sur de « bons rails ».
Aussi, sans trop anticiper sur les conclusions de son rapport, prône t-il déjà plusieurs mesures :
- l’expérimentation de centres éducatifs fermés dans les départements les plus touchés par la délinquance – par exemple les Bouches-du-Rhône, le Gard, le Nord, la Région parisienne ;
- l’implantation de centres ouverts ;
- l’usage de bracelets électroniques (15 € par mois) pour un contrôle judiciaire effectif (pas de liberté de circulation) ;
- la mise en place d’équipes de cinq à dix policiers spécialisés dans le suivi des mineurs délinquant.
Il insiste, pour finir, sur le rôle majeur de l’Ecole, ajoutant que celle-ci ne peut pas tout faire, que les enseignants ne sont pas des éducateurs (dans l’acception professionnelle du terme).

Une participante tient à dire que s’il est important de parler des enfants et des jeunes, il ne l’est pas moins de souligner les actes inacceptables de nombreux adultes, qui manquent de la politesse la plus élémentaire. Et elle en donne quelques exemples qui attestent la difficulté du « vivre ensemble ».

La réunion s’achève par la présentation, par Jacques SIRBEN, de quelques chiffres sur le coût du crime et de la délinquance – volume global de 115,3 milliards d’euros.

Jacky RAYMOND remercie chaleureusement les deux « grands témoins » de cette soirée, le Président Régis CAYROL et le député Yvan LACHAUD.
Il propose, compte tenu du nombre de participants, de l’intérêt manifesté par le débat, des problématiques non encore abordées, de prolonger les échanges le mercredi 16 mars, 19 heures, à sa permanence du 14 rue Notre Dame.

Nîmes, le 15 mars 2011

00:11 Publié dans Sécurité | Lien permanent | Commentaires (0)

04/02/2011

Réduire la violence scolaire

Le texte qui suit, produit par Jacques SIRBEN, avocat, est une contribution au débat qui aura lieu lors de la réunion thématique « EDUCATION – Civisme et formation », le jeudi 24 février 2011, à partir de 19 heures, au restaurant « Le Salon », 12 rue Condé à Nîmes.


La violence scolaire est à l’image de notre société.

Une étude récente démontre que l’irrespect est, à l’origine, la première forme de violence. Cet irrespect se traduit par un rejet de l’institution, puis par des passages à l’acte de plus en plus violents.

La lutte contre la violence scolaire doit-elle se limiter à une nouvelle formation des enseignants sur les questions de violence ? Ou à la création d’établissements de réinsertion scolaire (ERS), réservés aux élèves les plus perturbés (actuellement seuls onze établissements sont ouverts) ? Ou encore à la création d’équipes mobiles académiques de sécurité (EMAS), qui comptent aujourd’hui 484 membres (policiers et éducateurs ?

Doit on également laisser seuls lutter contre la violence scolaire les proviseurs, les conseillers d’éducation et les surveillants, chargés du bon fonctionnement des établissements ? Alors que tout établissement scolaire est une communauté de vie entre adultes et jeunes. L’Ecole n’est pas seulement un lieu de transmission du savoir, mais également un lieu de transmissions des valeurs et des règles de vie en société

Les violences scolaires sont souvent étroitement liées à des difficultés familiales, sociales, et économiques.

Il est démontré (notamment aux Etats-Unis), que les caméras de surveillances, les portiques, bien qu’utiles, n’ont que des effets limités. Qu’il en est de même de la fouille des cartables, qui est très mal perçue par les élèves. Ces mesures ont parfois même pour conséquence d’entraîner un absentéisme scolaire, qui peut être synonyme d’exclusion sur le plan social et être générateur d’autres violences.

Les pays qui réussissent le mieux face à la violence scolaire sont ceux où la place des parents à l’école est la plus forte (notamment au Brésil). La lutte contre la violence scolaire ne doit donc pas se limiter à l’apport d’éléments extérieurs techniques, mais doit bien se situer au sein même de l’Ecole.

Les états généraux de la sécurité ont démontré que la priorité doit être donnée au facteur humain pour lutter contre la violence.

Ces mêmes études ont également démontré, en France, la rareté, voire l’absence de tout lien entre l’école et le tissu associatif local.

Ne laissons pas l’Ecole seule face à des actes de violence inhérents à notre société. Il nous appartient de mettre en place des cellules de dialogue et de réflexion auxquelles nous pourrions participer avec l’accord des chefs d’établissements et des enseignants, pour réagir à tous les actes d’incivilité, révélateurs de futurs actes de violence, avant de recourir à des procédures d’exclusion, souvent synonymes de marginalisation.

La famille centriste à laquelle nous appartenons doit rester fidèle à ses valeurs d’humanisme et de responsabilité. Elle doit exiger que tous les moyens financiers soient débloqués pour que soient mises en place des structures de dialogue et d’accueil, ouvertes à la société civile, celles-ci visant à réduire, avant qu’il ne soit trop tard, les premiers actes d’incivilité, afin que ces derniers ne se traduisent par des actes de violence scolaire, puis par des actes de délinquance.

Il nous appartient également de dire que ce coût serait bien inférieur aux conséquences sociales, humaines, parfois irréversibles, d’une jeunesse qui sombre dans la délinquance.


Ne tournons pas le dos à l’Ecole, qui nous a tous formés.


Jacques SIRBEN

11/01/2011

VERS DES SOLUTIONS POUR ERADIQUER LA DELINQUANCE DES MINEURS

Le député du Gard, Yvan LACHAUD, s’est vu confier par le Président de la République une mission d’une particulière importance sur le traitement de la délinquance des mineurs.

Pourquoi d’importance ?

D’importance parce que, comme il l’a confié lui-même au Midi Libre, dans un entretien du 9 janvier 2011, le sentiment d’insécurité s’accroît chez nos concitoyens, nourri à la fois par la multiplication des actes d’incivilité et par l’augmentation significative des actes de délinquance, souvent perpétrés par les mêmes jeunes ou groupes de jeunes.

D’importance parce cette délinquance des mineurs constitue l’un des signes particulièrement inquiétant de la crise grave que traverse notre société, crise qui ne relève pas du seul domaine économique, crise morale qui traduit des incertitudes sociales et une indéniable perte des repères majeurs de la démocratie.

D’importance parce qu’elle nous rappelle à nos responsabilités et à nos devoirs vis-à-vis des mineurs, notamment en matière d’éducation, avec d’autant plus d’exigence que certains sont désorientés, livrés à eux-mêmes, et qu’ils s’adonnent à des activités inacceptables, incompatibles avec les valeurs de la République et le « vivre ensemble ».

D’importance parce que cette problématique sera au cœur de toutes les campagnes électorales, nationales et locales, à commencer par les prochaines élections cantonales de mars 2011, et qu’il conviendra, tout en restant ferme sur le diagnostic et les mesures à prendre, d’endiguer les surenchères et les dérives démagogiques, voire populistes.

Je me réjouis que cette mission ait été confiée à un député centriste, dont chacun connaît à la fois les valeurs humanistes qu’il porte et le remarquable travail parlementaire, en particulier au bénéfice des personnes les plus fragiles, des personnes que la vie n’a pas épargnées – c’est d’ailleurs l’esprit et le contenu de la proposition de loi qu’Yvan LACHAUD venait de rédiger qui a intéressé le Chef de l’Etat.

Yvan LACHAUD saura concilier, n’en doutons pas, dans le rapport qu’il remettra fin avril au Président de la République, la double dimension répressive et préventive, indissociable dans toute politique publique qui vise l’éradication de ce fléau de la délinquance des mineurs, fléau pour nos concitoyens, dont le quotidien est anormalement perturbé, fléau pour les jeunes eux-mêmes, qui se mettent au ban de la société.