Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/03/2011

Solidarités: dépendances et accompagnement

07 mars 2011 – Espace Tombereau, 14 rue Notre Dame à Nîmes


La réunion débat commence par la présentation de trois personnalités qui, compte tenu de leur expérience particulière, ont ensuite apporté dans le débat des données et des points de vue au regard des problématiques traitées : Madame GRAS, Conseillère municipale déléguée au Handicap, Madame JARROUX, Cadre supérieur de santé et bénévole d’une association au service de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, Monsieur NOUYRIGAT, président d’une association qui oeuvrent pour l’accessibilité des personnes handicapées.

Françoise FABRE ROUSSY, suppléante de Jacky RAYMOND, introduit la réunion et l’échange par quelques chiffres, notamment sur la part du budget du Conseil Général du Gard consacrée à la dépendance – 115 millions d’€ – et au handicap – 64 millions d’€ – ainsi que sur la progression du nombre de personnes dépendantes, de l’ordre de 50 % à l’horizon 2040. Elle évoque ensuite les principaux types d’accompagnement, à domicile et dans les établissements, rappelle la loi de février 2005 et les missions des maisons départementales des personnes handicapées, fait un point sur les allocations dont peuvent bénéficier les personnes qui perdent leur autonomie et deviennent dépendantes, en particulier l’APA (allocation pour perte d’autonomie).


1. Avec l’intervention de Gérard NOUYRIGAT, l’échange porte, dans un premier temps, sur l’accessibilité des personnes handicapées, condition indispensable de leur autonomie, et sur les progrès importants, malgré d’indéniables réalisations, qui restent à accomplir. Plusieurs participants soulignent, exemples à l’appui, le mauvais état de nombreux trottoirs, ce qui interdit le déplacement de personnes à mobilité réduite ou en fauteuil, l’incivilité de conducteurs qui stationnent en partie sur les trottoirs et gênent, voire empêchent, le passage, contraignant les piétons et handicapés en fauteuil à emprunter la chaussée, l’absence de continuité des parcours (trottoirs sans bateau, forte inclinaison à certaines sorties de garage, etc.).
Christiane GRAS donne, à ce stade de la discussion, quelques éléments sur l’action de la Ville de Nîmes en la matière : travaux réalisés ; augmentation significative du budget dédié à la voirie pour la réalisation de certains circuits.

Le débat porte ensuite sur l’accessibilité des immeubles et la nécessité de faire valoir la cause et le droit des personnes âgées, des personnes à mobilité réduite, des personnes handicapées auprès des propriétaires et des bailleurs – accès d’immeubles exclusivement avec des marches ; immeubles avec ascenseur à mi-étage, etc. Sont alors abordées des questions relatives à l’adaptation des logements : douches et sanitaires adaptés à la situation particulière du résident ; conception des espaces et mobiliers en fonction des besoins spécifiques de l’usager. Il est constaté, là encore, que des progrès considérables restent à faire.

En conclusion provisoire de ce moment d’échanges, Jacky RAYMOND souligne qu’il importe de « penser la ville » en fonction de ses habitants, de leurs besoins et de leurs usages, selon une approche globale et non au fil des demandes ou de situations particulières. Une telle vision implique une concertation approfondie de la Ville avec tous les acteurs concernés, dont les autres collectivités territoriales, les institutions compétentes, les associations d’usagers, les représentants des habitants.


2. Est abordée, dans un deuxième temps, la question des politiques menées, en particulier la question centrale du choix entre maintien à domicile de la personne isolée et en difficulté, de la personne en situation de perte d’autonomie ou placement en maison de santé médicalisée ou autre établissement adapté.

Madame JARROUX met à la fois en évidence le coût des établissements pour les résidents et leurs familles et la « souffrance » des personnels qui, en nombre insuffisant, doivent faire face à de multiples attentes en sachant qu’ils ne peuvent y répondre comme ils le voudraient et le devraient.

La solution du maintien à domicile, souhaitée par nombre de personnes concernées, nécessite à la fois un accroissement des aides financières du Conseil Général et la mise en place d’un dispositif d’accompagnement.
S’il est souligné l’importance du rôle de la famille, voire du voisinage – relation d’expériences du type « un senior, un jeune », le premier gardant par exemple l’enfant du second, celui-ci faisant des courses pour celui-là –, il est également dit avec force que la disponibilité familiale ou le réseau de voisinage trouvent rapidement leurs limites.
Plusieurs pistes sont évoquées : la redéfinition des missions des travailleurs sociaux ; la mise en place d’un complément de salaire et d’un module de formation pour le proche qui assure une fonction d’aide-soignant ; la création d’emplois spécifiques, de type auxiliaires de vie, pour l’accompagnement de personnes âgées isolées, de personnes en situation de handicap, avec coordination de ces personnels par une infirmière ou un médecin ayant une expertise en gérontologie ; toute autre formule s’inspirant d’expériences menées en France ou à l’étranger.


3. Le débat porte, dans un troisième temps, sur les causes de l’isolement, leur repérage et leur analyse constituant l’une des conditions requises pour une recherche optimale de solutions.

Les participants énoncent diverses causes : la faiblesse des retraites, qui rend toute activité onéreuse ; le délai intolérable de traitement de trop nombreux dossiers d’aide ; la difficulté de déplacement, accentuée par l’inadaptation de la plupart des transports collectifs ou l’état défectueux de la voirie ; l’insécurité dans la ville, générée par des groupes de jeunes vécus comme menaçants ; l’égoïsme et l’incivilité de nombre de gens ; le déficit d’animations de proximité, que ne sauraient compenser certains événements annuels, par ailleurs appréciés (exemple du « banquet des Aînés »).

Christiane GRAS rappelle le travail des centres sociaux, les facilités accordées par la Ville en matière de transports (carte de bus, chèque taxi, chèque « liberté »).
Plusieurs participants constatent que, malgré ces actions, de plus en plus de personnes se sentent isolées. Et ils insistent sur la nécessité de traiter les causes identifiées de l’isolement et de mieux accompagner les personnes fragilisées par la vieillesse ou le handicap.


En conclusion d’un échange très riche, Thierry PROCIDA met l’accent sur le rôle essentiel du conseiller général comme élu de proximité et comme facilitateur dans ce domaine fondamental de la solidarité à l’égard des personnes les plus fragiles et les plus démunies, qu’il s’agisse de fragilités sociales (précarité et pauvreté) ou de fragilités liées à l’âge, au handicap et à toutes les conséquences qui en résultent.

Jacky RAYMOND propose des pistes d’action : établir un nouveau diagnostic partagé pour construire un nouveau projet en matière de solidarités, projet qui prenne en compte les évolutions de la population et celles de notre société ; actualiser le schéma départemental des dépendances, dans ses composantes humaines, matérielles, financières, etc. ; mener une politique forte de communication afin que les personnes concernées et leurs familles disposent de toutes les informations nécessaires pour effectuer leur choix de vie ; optimiser le budget par une révision des répartitions internes de dépenses , une mutualisation de moyens, une réduction des dépenses de fonctionnement.

Nîmes, le 08 mars 2010
Michèle MEJEAN

05:14 Publié dans Social | Lien permanent | Commentaires (0)

03/05/2010

Réforme des retraites et sens des responsabilités

Le « ballon d’essai » qui vient d’être lancé sur le recul à 63 ans de l’âge légal de la retraite suscite déjà de multiples réactions, dont beaucoup irresponsables. Faudra t-il un déficit public à la mode grecque, avec son cortège de mesures drastiques et impopulaires, pour que les Français prennent conscience de l’importance de l’enjeu ???

Sauf à sombrer dans la démagogie et l’irresponsabilité, comment continuer à refuser de réformer en profondeur un système de retraite qui a vu le jour à une époque où l’entrée sur le marché du travail se faisait entre quinze et vingt ans pour l’immense majorité des salariés, où les emplois caractérisés par une forte pénibilité représentaient une part importante du marché du travail, où la durée moyenne de vie était bien inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui et où nombre de nos aïeux disparaissaient dans les quelques années qui suivaient leur départ à la retraite.

Aujourd’hui – et on ne peut que s’en réjouir –, les transformations économiques et sociales ont sensiblement modifié le contexte. Nos enfants sont nombreux à poursuivre leurs études plus longtemps (l’âge moyen de la scolarisation a été porté de 11,5 à 18,5 ans au cours du XX° siècle), et à s’engager plus tard sur le marché du travail. La durée moyenne du temps de travail s’est beaucoup réduite (d’environ 2 000 heures annuelles à la fin des années 50 à moins de 1 500 heures aujourd’hui). Les emplois, qui relèvent largement du secteur tertiaire, ne présentent plus la même pénibilité, même si l’évolution des conditions de production et de commercialisation des produits et des services est génératrice de formes de stress quasi inconnues précédemment. La durée moyenne de la vie s’est beaucoup allongée, pour les hommes comme pour les femmes (à 60 ans, l’espérance de vie est passée de 15,8 ans en 1968 à 22 années en 2010 pour les hommes, de 20,4 à 26,9 pour les femmes), qui vivent par ailleurs globalement en meilleure santé. Le rapport entre le nombre des actifs et celui des retraités ne cesse de se réduire et ce phénomène va se poursuivre (de 4 en 1960 à 1,8 en 2010 et 1,3 en 2050 selon l’INSEE). Comment ne pas prendre en compte ces nouvelles données dans la réflexion en cours sur les retraites !

Les Français sont prêts à entendre ce propos, à plusieurs conditions cependant – en particulier, la mise à plat de l’ensemble des dispositifs de retraite et la constitution d’un système aussi égalitaire que cohérent ; la prise en compte de nouveaux critères de calcul, notamment en matière de pénibilité, physique et psychique ; le retour à l’emploi des seniors, vivier de talents inexploités et de cotisants aux caisses de retraites ; la suppression de toutes les niches, y compris celle de nos Parlementaires, dont le régime des retraites constitue un privilège d’un autre temps, inacceptable s’agissant des représentants du Peuple auxquels s’impose le devoir d’exemplarité.

Ce propos, qui échappe à toute considération technique sur le sujet, se veut modestement un appel, d’une part à nos concitoyens, afin qu’ils ne se laissent pas prendre au piège des égoïsmes et des corporatismes de tous ordres et mesurent bien les enjeux fondamentaux d’une nécessaire réforme des retraites, d’autre part à nos politiques, toutes sensibilités confondues, et à nos gouvernants, afin que tous prennent leurs responsabilités et que ceux qui nous gouvernent mènent à son terme cette réforme impérative et prennent, au terme d’une large démarche de concertation, les décisions courageuses qui s’imposent.